lundi 5 janvier 2015

Le monastère de Batalha

Le monastère de Sainte-Marie de la Victoire est mieux connu sous le nom de Monastère de Batalha, littéralement, le monastère de la bataille. En effet, la construction de ce monument est étroitement liée à une célèbre bataille, celle d'Aljubarrota en 1385, qui scella l'indépendance du royaume du Portugal face à celui de Castille. 
monastère de Batalha, statue équestre du Connétable Dom Nuno Alvares Pereira

L'histoire commence 2 ans plus tôt, en 1383, quand décède le roi Fernando 1er sans héritier mâle (ses 2 fils étant morts prématurément). Or, Fernando 1er avait accepté le mariage de fille Béatrice avec le roi de Castille. Aussi à la mort du roi du Portugal, Béatrice devient légitimement héritière du trône, ce qui signifie la fin de l'indépendance du royaume du Portugal. Face au refus de certains portugais de devoir se soumettre à la Castille, João, le frère batard du roi Fernando 1er, réclame la couronne portugaise. Ainsi commença une crise de succession qui dura 2 ans parsemée de luttes internes et de batailles, dont la plus décisive fut celle d'Aljubarrota. Le 14 aout 1385, le connétable Nuno Alvares Pereira, avec une armée de 6500 hommes (portugais et anglais) vainquit une armée castillane de 30 000 hommes (espagnols et français). La veille de cette bataille, João avait fait la promesse à la Vierge d'ériger un monastère en cas de victoire.  La victoire acquise, par le génie miliaire du Connétable (peut-être aidé de la volonté divine), João devenu roi du Portugal, tint sa promesse et fit construire le monastère. 
façade de l'église du monastère.

Il décida par la suite d'y bâtir son mausolée. C'est devenu la magnifique chapelle du fondateur avec en son centre le tombeau de João 1er et de son épouse, entouré des tombeaux des Infants, ses fils.
tombeau du roi João 1er dans la chapelle du fondateur

Son fils ainé, Duarte (Edouard) décida lui aussi d'avoir son propre mausolée. Malheureusement pour lui, l'architecte de sa nécropole décéda avant l'achèvement de la construction, qui ne fut jamais terminée. ce qui nous laisse à admirer aujourd'hui les chapelles imparfaites où se trouve malgré tout le tombeau du roi qui ne reçut sa sépulture que dans les années 1940.
chapelles imparfaites (intérieur)

chapelles imparfaites (exterieur)

La construction de ce monument dura plus de 150 ans. Faisant partie de la la liste du Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO, le monastère est un savant mélange d'art gothique tardif et de style manuélin, propre au Portugal.
cloître du monastère
 
arc du cloître, style manuélin
La visite de l'église seule est gratuite. Il faut compter 6€ par personne pour visiter le reste de l'ensemble conventuel : la chapelle du fondateur, les cloîtres et les chapelles imparfaites. Rien n'est traduit, les audio-guides sont uniquement en portugais, espagnol et anglais.

mardi 30 décembre 2014

Le repas de Nöel portugais.

Cet article peut arriver un peu tard car les fêtes de Noël sont déjà passées. Mais cette année j'ai eu le plaisir de passer le réveillon de Noël au Portugal et donc voir et surtout de goûter les mets que dégustent les Portugais à cette occasion. Et nous sommes très loin des mets chers et caloriques que nous avons l'habitude de consommer en France. Car Portugal oblige, le repas de Noël se compose de ...morue. 
En effet lors du repas du réveillon de Noël, appelé "Consoada" au Portugal, le plat principal est le "bacalhau cozido", en d'autres termes, la morue cuisinée. Mais cuisinée simplement. Ce plat se compose de filets de morue cuits à l'eau accompagnés de pommes de terre cuites à l'eau et de chou cuit à l'eau et d'un œuf. Un vrai repas diététique. Auquel on donne de la saveur en ajoutant, avant de déguster, une touche plus ou moins grande d'huile d'olive. Pour ceux qui ne sont pas des grands fans de ce plat, il existe une variante : la morue accompagné de petites pomme de terre frappées, le tout cuit au four , "bacalhau assado com batatas a murro"
bacalhau cozido, plat de Noël par excellence au Portugal.
En ce qui concerne les desserts, ils sont plus variés. J'ai eu l'occasion d'en goûter certains d'entre eux. En premier vient le "bolo de rei", le gâteau du roi, brioche fourrée de noix et de fruits sec que l'on achète dans les pâtisseries.C'est ce qui correspond à notre galette des rois. C'est un gâteau qui se consomme pendant toute la période de Noël jusqu'à l'épiphanie. D'ailleurs, c'est l'origine de ce gâteau, qui cachait une fève autrefois. Actuellement, les fèves sont de moins en moins présentes dans ces gâteaux. 
bolo de rei
J'ai également mangé des "filhos". Ce sont des beignets frits plats. Avant de les déguster on les saupoudre de sucre en poudre. C'est bon mais c'est un peu gras. Certains de ces beignets sont aromatisés avec une petite touche d'"aguardente", l'eau de vie portugaise.
Filhos
Il existe aussi des beignets sucrés à base de potiron. Ce sont les "fritos de Abobora". Ils ont une saveur assez surprenante, mais bonne, à condition d'aimer ce qui est frit. Car je n'aurais jamais imaginé faire des gâteaux frits au potiron saupoudrés de sucre avant dégustation.
bolos fritos de abobora

Voici les desserts que j'ai eu l'occasion de goûter. Car la tradition religieuse veut que l'on consomme 13 desserts en référence au 12 apôtres entourant Jésus. Voici d'autres exemples de desserts que l'on peut consommer à Noël auxquels je n'ai pas encore eu la chance de goûter.

Les rabanadas ou fatias douradas. Ce sont des tranches de pain qui sont trempées dans une préparation à base de sucre, de lait, de cannelle...puis dans trempées dans l'oeuf et frites. Consommées avec du sucre en poudre. C'est une sorte de pain perdu à la mode portugaise.
rabadanas
 Les Sonhos de Natal (Rêves de Noël) :  des petits beignets portugais.
sonhos de Natal
Voici pour les principaux car chaque région a ensuite sa spécialité.








lundi 29 décembre 2014

Obidos, Vila Natal

Pour les fêtes de Noël, la cité fortifiée d'Obidos organise un évènement qui s'appelle : Vila Natal, autrement dit le village de Noël. http://obidosvilanatal.pt/
A l'intérieur même de la forteresse, un village de noël est construit pour l'occasion. Les festivités durent un mois, de début décembre à début janvier. L'entrée est payante : 4€ par personnes. Quand j'y suis allée, je n'avais aucune idée du genre d'évènement que cela pouvait être. J'avais vu une publicité à la télévision, une vidéo sur internet. Rien de plus. Déjà je pensait que c'était un spectacle nocturne. Or il s'agit d'un petit parc d'attraction sur le thème de Noël, dans un cadre idyllique. J'avoue que si vous venez sans enfant ou si vous même n'êtes pas un enfant dans l'âme alors je vous déconseille d'y aller. Et si vous êtes tenté par un petit tour dans ce village de Noël alors prévoyez un porte-monnaie blindé. Car le billet d'entrée n'est pas l'unique dépense de la journée. Je pensais très naïvement que ayant acheté un ticket, je pouvais bénéficier des attractions sur place. Hors, seuls les spectacles de clown et de marionnettes ainsi que de rares animations sont inclus dans le prix d'entrée. Sans argent, adieux patinoire, petit train, escalade et tyrolienne. qui coûtent entre 1,5€ et 4€ par personne. Imaginez un peu si vous êtes une famille nombreuse. Sans oublier qu'il faut se nourrir et s'hydrater. Et pourquoi pas ramener un petit souvenir? Si vous voulez acheter la photo souvenir de votre enfant tenant une chouette ou un aigle sur son bras, comptez 10€ supplémentaires. Et ne pensez pas prendre la photo vous même avec votre appareil photo dans l'espoir d'une petite économie. Vous êtes traité pire qu'un voleur. Remarquez, vous les empêchez de gagner 10€ et vous repartez avec une photo d'aussi bonne qualité que la leur.  Bon ça c'est pour le côté marketing du village de Noël. Les attractions en elles-mêmes ne valent pas le coup de dépenser autant d'argent.
Obidos, Vila Natal

 Par contre le site d'Obidos en lui-même est très intéressant. C'est un village fortifié avec son ancien château, entouré de remparts. Ce site peut être mis en relation avec la cité de Carcassonne à la sauce portugaise, plus petit, sans la touche médiévale exagérée et sans les restaurations Viollet-le-Duc.

L'histoire de la cité est très ancienne. Son occupation remonte à l'époque des celtibères qui occupaient un promontoire rocheux à proximité de l'océan. Car l'océan était au pied des murailles d'Obidos. Aujourd'hui, en raison du comblement de cet ancien golfe, l'océan s'est retiré à 17km au delà. Les Romains fondèrent un oppidum qui servit d'avant-poste défensif à une cité romaine plus éloignée. Puis se succédèrent au fil des invasions, les wisigoths et les Maures, au 8e siècle, qui renforcèrent les fortifications. Ce n'est qu'en 1148 que la ville fut reconquise par le royaume du Portugal.  A partir de cette date, les différents rois vont restaurer le site, l'agrandir, l'améliorer. Il deviendra l'apanage des reines du Portugal en 1282 jusqu'en 1834. Certains rois et reines y résideront. En leur absence, la ville était administrée par un gouverneur.
La ville a su conserver une certaine authenticité malgré le tremblement de terre de 1755 et les nombreuses reconstructions qui furent effectuées au fil des années. Par ailleurs, le château était presque en ruine au 19e siècle. La cité subit une dernière campagne de restauration qui dura jusque dans les années 1950. Depuis 1953, la cité est inscrite comme monument national.
 
En se promenant des les petites rues, on est surpris du mélange des styles. En effet, on retrouve les éléments médiévaux comme les remparts, les portes ou le château. Puis viennent s'ajouter les églises baroques, certaines recouvertes d'Azulejos, ces dalles de céramique peintes.

Et pour finir les maisons modestes blanchie à la chaux, serrées les unes contre les autres, agrémentées de bougainvilliers ou d'autres fleurs, apportant une touche de couleur.


C'est un site très touristique. Mais la foule se presse principalement le long de la Rua Direita, rue principale, où se trouvent les boutiques de souvenir. Là vous pourrez déguster la liqueur locale , la Ginja, à base de cerise. C'est une liqueur très sucrée, plus ou moins forte. La particularité c'est que vous pouvez la déguster dans une petite coupelle de chocolat que vous croquez après avoir ingérer la liqueur. C'est un petit plaisir qu'il ne faut pas hésiter à se faire. 





En s'éloignant un peu, il est possible de retrouver le calme et la sérénité que dégagent ces lieux. Au détour d'une ruelle, on apprécie ce mélange des couleurs qui donne un aspect si pittoresque au site. Il est également possible de prendre un peu de hauteur en escaladant les murailles. L'accès est facile et indiqué. Mais il ne faut pas avoir le vertige. Car une fois au sommet, il n'y a pas de garde-fou pour vous retenir. Et il vaut mieux regarder où l'on met les pieds.





mercredi 17 décembre 2014

Belver

La commune de Belver est située sur un piton rocheux qui domine le Tage. Cela lui donne un aspect tout à fait charmant. D'autant plus que les couleurs se mélangent. Le bleu du ciel vient côtoyer le vert des oliviers. Le blanc des maisons ressort parmi toute cette végétation. Au centre, le Tage serpente tranquillement.
Le village est dominé par un château médiéval, sentinelle immobile regardant passer les années et les trains qui défilent sous ses pieds.
Le Tage vu du château de Belver

Le château fut édifié à l'époque médiévale. A l'époque de la Reconquista, les frontières entre le royaume du Portugal et le Califat se maintiennent plus ou moins difficilement. Il faut sans cesse se protéger des raids lancés par les Maures. Aussi le roi Dom Sancho 1er donne des terres le long du Tage à l'ordre monastique des Hospitaliers afin de construire un château. Sa position stratégique a servi à plusieurs moments clés de l'histoire du Portugal. Malgré les effets du temps et des tremblements de terre,ce château a conservé son architecture militaire. Après avoir gravi une petite côte, on arrive au pied de la muraille. A l'intérieur de cette enceinte se trouve le donjon et la chapelle du château. Il offre un superbe point de vue sur le Tage. Et il est très agréable de venir voir le coucher de soleil depuis cet endroit. L'entrée du château est payante. 1ou 2€, rien de bien méchant et cela permet d'entretenir le site. A l'intérieur, une exposition permet de comprendre l'histoire de cette forteresse.

Pour les amoureux de randonnée, il existe un chemin d'environ 16km qui longe le Tage et passe à proximité du château.Mais ce sera l'occasion d'un autre article.



Nids d'hirondelles
En ce qui concernent le village, il est sympa à découvrir aussi. La première fois que je suis venue, j'ai été surprise par les nids d'hirondelles sous les toits. Quand on se promène, on ne croise pas âme qui vive. Le village semble désert. A moins de s'approcher du café du village et d'entendre une certaine animation. J'adore ces petites maisons blanches avec des bandes colorées jaunes ou bleues. Certaines arborent des azulejos. Au centre du village se trouve l'église, de taille modeste et qui s'incruste dans le décor. Au détour d'une rue, j'ai découvert un petit sentier qui mène vers une petite aire de pique-nique.De là, on a aussi un magnifique panorama sur la rivière et le Château. Ce jour-là, j'ai été très enthousiasmée par ce petit village qui n'est pas mentionné dans les guides de tourisme. Pourtant le cadre est charmant, calme. 


église de Belver
Une des particularités de Belver, c'est le musée du Savon. En effet à Belver se fabriquaient des savons à la fois de manière artisanale et industrielle. Aujourd'hui l'industrie du savon n'existe plus vraiment à Belver. Mais la municipalité à fait édifier ce musée pour conserver la mémoire de cette activité et le savoir-faire de fabrication artisanale. Ça vaut le coup de venir visiter ce musée. On apprend comment fonctionne les molécules qui donnent les propriétés nettoyantes au savon. On apprend aussi l'histoire du savon dans le monde. Et on apprend comment fabriquer du savon. En plus l'entrée n'est vraiment pas chère, 2€ par personne. Alors pourquoi se priver de jeter un petit coup d’œil. Bon, le hic c'est que ce n'est pas traduit dans d'autres langues. Donc, à moins de parler le portugais ça peut paraitre compliqué.

Enfin après cette journée de découverte, il faut profiter de la plage d'Alamal. Elle se situe de l'autre côté du Tage. De la, la silhouette fortifiée du château nous domine. Ce qui donne tout son charme à cette plage. Pour l'occasion, la plage est aménagée de sable fin. En été c'est un lieu très animé. Mais l'endroit est d'avantage agréable vers la fin de l'été ou au printemps quand arrivent les premières chaleurs et que vous êtes seul sur la plage à vous prélasser. C'est à ce moment là que vous bénéficier de la sérénité du site. 
Au delà du fleuve vous entrez dans la région de l'Alentejo. Ce qui signifie litteralement "au delà du Tage". Les paysages changent radicalement. Du côté de Belver, le paysage est vallonné. De l'autre côté, les collines disparaissent, laissant place à des terres plates sur des kilomètres où sont cultivés les chènes lièges.